Le Maksutov 127 x 1500 au pied du mur

C’est au pied du mur qu’on juge le maçon

Article mis en ligne le 5 septembre 2020
dernière modification le 8 septembre 2020

par Lerautal

... et sur le ciel qu’on juge un instrument

PREMIÈRE PARTIE

1. Intentions

Lors des séances publiques que nous organisons, une demande émerge régulièrement, qui pourrait se résumer par : « avec quel instrument commencer » ?

Trop de monde, pas assez de temps... difficile de répondre.
Et d’ailleurs, qu’en savons-nous ? Avons-nous une expérience approfondie des différents instruments disponibles sur le marché ?

Bien évidemment non.

Les lignes qui suivent seront un compte-rendu sans complaisance ni hostilité de l’usage réel, sur le terrain et avec pour témoins les autres observateurs de l’AAI, d’un instrument relativement économique : le Maksutov 127.

Dmitry Maksutov (voir une note biographique ici : https://reperes-astro.fr/a-propos-de-dimitri-maksutov-et-de-ses-telescopes/) était un opticien vivant en Union Soviétique.
Son histoire n’a rien de commun avec les Écossais, le Mac Do, le Mac Intosh, aussi je répugne à utiliser l’abréviation « Mak » qui, au moins par euphonie, pourrait le laisser croire.
Par la suite, il m’arrivera d’utiliser le diminutif « Maksou », (le « u » se prononçant « ou » dans son pays d’origine) qui me paraît plus sympathique.

2. La « chose »

L’instrument acheté était une offre promotionnelle.
Le tube accompagné de deux oculaires Plössl et d’un petit viseur point rouge, le tout rangé dans un sac de transport léger, coûtait 280 euros.

Voir ci-dessous Michel Brialix avec ce sac sous son épaule, lors de notre séance du 4 septembre 2020 à Jeu-les-Bois.

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Motivations bizarres : pourquoi avoir acheté cet instrument ?

Jusqu’à présent j’avais été utilisateur de télescopes de Newton, ouverts à F/6 alors j’ai eu envie de me confronter à autre chose de plus léger, de moins encombrant tout en n’étant pas trop cher. D’une certaine façon, ce tube était tout le contraire de ce que j’avais aimé jusque là.

Poids, dimensions, équipement.
Poids : 3,6 kg, ce qui permet d’utiliser des montures assez légères et pas nécessairement coûteuses.

Voir ici une description, chez un revendeur francophone :

https://laclefdesetoiles.com/maksutov-cassegrain/3069-tube-optique-maksutov-cassegrain-sky-watcher-1271500.html

Ce que j’ai apprécié tout de suite

- Le sac : même s’il n’est pas très robuste, il permet de tout regrouper... à l’exclusion de la monture.
- Les deux oculaires : on a de quoi débuter.
- La queue d’aronde associée au tube optique permet de fixer immédiatement l’instrument sur une monture courante, sans avoir à courir après cet accessoire.
- Le viseur point rouge. Il est minimaliste mais permet de commencer.
(par la suite je l’ai remplacé par un un chercheur 8 x 50 coudé.

3. Premières difficultés

Vous voyez ce monsieur ou cette dame, adhérent(e) de fraîche date, à côté de l’instrument et, manifestement il (elle) a envie d’apprendre à observer Jupiter puis Saturne.

Si vous voulez vous simplifier la vie, vous pointez l’objet au centre de l’oculaire et vous l’invitez à regarder...

Puis vous pointez l’autre objet et procédez de même.

Vous aurez peut-être alors le sentiment d’avoir fait votre « devoir » vis à vis de cet adhérent...

Quand je repense à la façon dont j’ai appris, je suis pris de scrupules : on n’apprend pas à observer sans manipuler, se tromper, s’agacer...

Hier soir, nous étions « sur le terrain ».

Mon « associé d’un soir » était dans la position de l’apprenant plein de bonne volonté et, rapidement, nous nous sommes rendu compte de la première difficulté : passer de Jupiter, au centre de l’oculaire, à Saturne, qu’il avait pour mission de pointer.

Disons-le clairement : la longueur focale (1500 mm) donne à cet instrument un champ assez étroit.
Même avec un chercheur couvrant un champ de 5°, un nouvel observateur aura du mal à trouver le sujet d’observation.

Modification à apporter :
- Fixer deux petits repères le long du tube pour faciliter une visée intuitive.
- Ou alors : essayer de trouver un emplacement pour positionner le viseur point rouge.

Remarque : Pourquoi ne pas se contenter de cet accessoire et avoir ajouté un chercheur conventionnel ? Parce que le « point rouge » ne montre que les étoiles visibles à l’oeil nu, alors qu’un chercheur ajoute de nombreuses étoiles ce qui est avantageux si l’on cherche un objet invisible (à l’oeil nu).
En la circonstance, il s’agit d’un choix, par forcément heureux si l’on se contente de Jupiter et Sature.

Options :
Utiliser alternativement l’un ou l’autre, en ayant pris soin de les régler avant sur l’axe optique.

Il faudra essayer et estimer les avantages/inconvénients sans se montrer dogmatique.


SECONDE PARTIE

Hypothèse : La valeur d’usage réelle de l’ instrument sera révélée par l’expérimentation sur le terrain.

Voici des compte-rendus d’observations effectuées au fil du temps.

4 septembre 2020 - Jeu-les-Bois

Personnes impliquées principalement :
- Daniel avec sa lunette de 106 mm à F/15 et une série d’oculaires Clavé..
- Jacques comme expérimentateur-dessinateur.
- Michel avec son Célestron C8.
- Alain Leraut avec le « Maksou » et trois oculaires (20 mm, 10 mm et un grand champ de 11 mm).

Conditions atmosphériques et matérielles
- Un peu de nébulosité mais surtout beaucoup de turbulence, variant rapidement.
- À cause de cela, les tests de changement d’oculaire n’ont pas donné des résultats attendus : en fait, un oculaire a pu apparaître médiocre à un moment et correct dix minutes plus tard.
- Emploi de deux redresseurs : un à 90° et un à 45°. Le 45° a paru mauvais...
(vrai, faux ??? à vérifier).
- Instrument fixé sur une monture EQ 3-2 (charge maxi 5 kg).

Exemple de manipulations :
Pendant que Jacques s’essayait à reporter sur un croquis des zones « plus sombres » dans les bandes équatoriales de Jupiter, nous avons effectué une permutation d’oculaires (Clavé 16 mm, 12 mm, 8 mm, grand champ 11 mm) entre la lunette 106 et le 127 mm).

Impressions partagées (on pourra me corriger sur le forum) :
- La lunette semble parfois meilleure.
- Le 8 mm grossit trop : l’image n’est pas assez lumineuse.
- Les meilleures images (sur les deux instruments) sont obtenues avec le Clavé 12 mm et le grand champ 11 mm. Malgré son âge, le Clavé reste remarquable.
- Le grand champ est, peut-être un peu plus agréable quand il s’agit de positionner son oeil. (à vérifier sur un meilleur ciel).

Sans s’être concertés, à un moment, les trois instruments se sont trouvés avec un grossissement de 130 fois.
Impression personnelle :
- La 106 et le 127 font jeu sensiblement égal.
- Au C8 l’image n’est pas meilleure mais plus lumineuse, ce qui semble plus confortable : meilleure perception des nuances de couleurs. Mais cela « bouge » beaucoup.
- L’association du 127 et de la monture Eq 3-2 est la moins sujette aux vibrations (quand on modifie la mise au point).
Compléments divers :
Lors des prochaines séances...
- Soigner la mise en station. Il est agaçant de devoir rattraper les décalages.
- L’utilisation d’un redresseur pour des objets si bas sur l’horizon est une mauvaise idée : perte de qualité de l’image et, en plus, on ne peut profiter de la chaise pour observer. Il faudra régler la hauteur du trépied lors de la mise en station, viser directement et profiter de la position assise.